lundi 1 septembre 2008

الأتاي بالنعناع ( at taï bil n'anā )

  J'aime bien les visites à domicile.

Oui, c'est vrai, c'est moins d'actualité, et elles ne sont normalement prises en charge par la sécu qu'exceptionnellement. En plus, techniquement parlant, je suis mieux installé au cabinet : la table d'examen est à la bonne hauteur, j'ai une balance pour voir si le petit bébé n'a pas trop séché pendant sa gastro, les tiroirs sont pleins de matériel, j'ai mes bouquins, internet, les courbes de croissance, la roulette à pizza (heu, non, à grossesse, pardon...)...

Bref, c'est confortable, il y a de la musique dans la salle d'attente, la déco est chaleureuse, et en plus j'ai sous les yeux une superbe toile de ma chérie, spécialement faite pour le cabinet. Qui mieux que moi, comme dirait ma grand-mère ?

Ben oui, c'est vrai, mais se déplacer pour aller chez les gens, c'est chouette aussi. C'est pas toujours très rigolo, parce que souvent, quand ils appellent c'est qu'ils sont malades. Alors j'assume la visite chez l'alcoolique qui veut pas se soigner mais dont la compagne ne veux plus, le certificat de décès du grand-père d'une amie, l'ulcère de jambe de la femme qui suspend ses compresses dans son salon, pour les réutiliser, pour "faire faire des économies à la sécu" (je vous assure que c'est vrai !!!), ou bien pire, parfois...

Il y a quand même des moments de grâce. Parce qu'après avoir vécu ensemble des moments éprouvants, on arrive enfin à se poser sur un coin de canapé. Parce que la grosse angoisse passée (ouf c'est pas un infarctus / cancer / occlusion / appendicite / méningite...), j'aime bien m'asseoir au bord du lit, avec mon carton à ordonnances et autres formulaires. On parle de la vie quotidienne, entourés de toutes ces petites choses accumulées durant quelques instants (pour l'étudiant qui s'installe seul pour la première fois) ou des années (pour le couple qui a 50 ans de vie commune dans les mêmes murs).

J'ai eu un faible pour un remplacement fait dans un quartier où la très grande majorité des habitants sont d'origine marocaine. Entrer dans une maison où la cocotte-minute siffle en prévision du repas familial (un bon marqueur de la solidité du lien familial d'ailleurs...), c'est faire un pas dans le quotidien simple et chaleureux, à peine perturbé par la maladie du petit dernier ou par la grand mère qui s'éteint doucement dans la chambre du fond. Et j'aime par dessus-tout prendre ce temps de plus (ou est-ce plutôt accepter ce temps-là), qui n'est pas du tout médical, où on s'assoit ensemble autour de la théière fumante. L'odeur de la menthe, l'amertume du thé, la douceur du sucre.

C'est un cadeau du ciel, dans une journée pas toujours facile.

2 commentaires:

Hérisson a dit…

Merci pour ta note! Tu me convaincs que la médecine générale est la bonne option :-)

Guillaume a dit…

Merci :-)