dimanche 23 mai 2010

Flic-flac-floc


C'est chouette de déboucher des oreilles, surtout en été !

Parfois il le sait déjà, un peu gêné, ou décontracté, c'est selon... : "Je viens tous les six mois car je fais beaucoup de cire". Mais d'autres fois, c'est la surprise : "C'est bizarre, je n'entends plus rien du tout, mais j'ai pas mal, vous croyez que c'est une otite ?".

Je prend mon totoscope (© Maëlle, 3 ans 1/2) et c'est là que je le vois, tapi au fond du conduit auditif externe : le bouchon !!! Magnifique, imposant, tel Haroun-el-Poussah sur son coussin, essayant de s'étendre dans toute la largeur de l'étroit couloir, obstruant avec grâce l'orifice dont la perméabilité serait pourtant bien utile pour regarder la télé sans réveiller les voisins...

Monsieur, soyez fort, il va falloir opérer.

Alors j'ouvre mon placard magique, et, bravant la tentation de prescrire en une minute un quelconque diluant chimique à mettre dans les oreilles, efficace une fois sur cinq, j'empoigne ma gamelle, mon haricot et une bonne grosse seringue de 50cc. J'ai vite abandonné la poire à double orifice qui ne coule jamais par le bon côté, dont la valve se coince, qui met des plombes à se remplir... La serviette est dépliée, bien calée dans le col de la chemise, débordant largement sur les genoux du sujet. Un peu d'eau tiède ("ça ira comme ça, c'est pas trop chaud ?") et c'est parti. Le haricot collé contre le cou, il faut alors que j'essaie de remplir la boîte cranienne du susdit patient avec le contenu de cette grosse seringue. Bien sûr, ça ne marche pas, et toute l'eau ressort violemment en flux parfaitement opposé à celui que j'essaie d'infiltrer avec le maximum de pression. Ce qui donne une bel effet connu sous le nom de ressac. Mais ce qui peut paraître normal en mer d'Iroise l'est moins sur une table d'examen. Les gouttelettes se font gouttes, puis éclaboussures. Et puis ça coule entre le haricot et la peau, y'a une goutte qui descend dans le cou, là, ça gratte !! Mais tenez-la donc horizontale cette satanée gamelle. Voilà ça y est vous en avez plein les genoux. Y'a une flaque par terre où un gnome de 2 ans, qui regarde son papa se faire laver la cervelle par l'oreille, prend plaisir à barboter.

Ayé, un jus jaunâtre commence à sortir de l'orifice, il est bientôt mûr ! Un dernier p'tit coup. Et pschit !! Plop !! Une boulasse noire-orangée vient de tomber au fond du réceptacle. Allez, courage, plus qu'une oreille !!

Mais vient alors le moment de ranger ma pelle et mon seau. Il faut s'ébrouer, s'essuyer, éponger les traces de la bataille de bombes à eau qui vient de se passer. On rit "heureusement qu'il y a du soleil, je vais vite sécher" . Et en plus il entend !! Miracolo !! Le temps de redevenir des adultes, carte vitale, dossier, chèque, et on se quitte alors avec un petit sourire au fond des yeux, l'impression d'avoir passé un moment de jeu trop court, en espérant que les vagues ne viennent pas trop vite faire fondre notre beau château.

PS : je raconte n'importe quoi, parfois c'est vraiment galère à enlever avec le sourire, ce @&!qs%prx# de sale $zojc£&@!! de bouchon de mer&§§§@xprx#*, mais avec un minimum de fierté et de ténacité, on y arrive. C'est pas une ridicule p'tite boule de cire de §("@?*!! qui va m'emmerder, non mais !!!

2 commentaires:

Borée a dit…

J'aime bien déboucher les oreilles. En effet, ça a un côté un peu ludique. Une consultation purement manuelle qui repose de celles où il faut trop réfléchir.

J'ai un souvenir mouillé d'un lavage lorsque je remplaçais...
Le patient tenant consciencieusement son haricot, presque plein d'eau.
En aspergeant, le ressac est un peu trop violent et quelques gouttes me tombent sur les chaussures.
"Oh !" fais-je, en regardant mes chaussures.
Et le patient, instinctivement, qui baisse la tête pour voir ce qui se passe, tout en maintenant toujours son haricot en place...

Guillaume a dit…

Et splatch !
Même pas possible que ce soit vrai !!
Trop drôle !!,