samedi 5 juin 2010

Lieux d'accueil (3) : l'hôpital-palais



Un fait extrêmement important de l’histoire de l’architecture hospitalière est l’établissement des hôpitaux généraux dans toutes les villes de France par Louis XIV en 1662. Cette décision a deux objectifs. Il s’agit d’une part de centraliser, d’organiser et de contrôler en un seul lieu la multitude d’organisations charitables, peu efficaces à cause de leurs faibles revenus individuels. Mais le but est aussi de créer un lieu de contrôle des « déviants sociaux» (vagabonds, mendiants, orphelins, vieillards…). Il ne faut bien sûr pas oublier, en ces périodes de lutte contre la Réforme, les déviants religieux. Ainsi, une éducation catholique est alors assurée aux pensionnaires.

Afin d’assurer le fonctionnement financier de l’ensemble, d’importantes manufactures y sont installées, donnant du travail aux pensionnaires et enseignant un métier aux orphelins : fabriques de bas, de bonnets, de toiles de coton, d’aiguilles ou de chapeaux.

Les bâtiments sont conçus sur un modèle imposant. Il faut à la fois assurer un enfermement fiable des pensionnaires, mais aussi faire resplendir la gloire et le générosité royales. On se préoccupe pour la première fois de notions architecturales ou fonctionnelles d'ensemble, comme l'alimentation en eau potable de la structure, ou la division en quartiers. Le plan est souvent basé sur un même modèle : une chapelle monumentale est au centre de l'édifice, symbolisant à la fois l'accueil de l'hospice et l'entrée de la maison de Dieu (catholique, cela s'entend). Les ailes des hommes, des femmes, des "incurables" ou des "jeunes" s'étendent de part et d'autre de la chapelle. Les bâtiments des manufactures, les réfectoires sont un peu au-delà. Les logements de la communauté religieuse de sœurs, de l'aumônier et des infirmiers sont proches de la chapelle.












Il s'agit plus d'exercer dans ce lieu une activité de logement et de "normalisationn sociale" que de soins. Cependant, la population admise étant fragilisée, des médecins, des chirurgiens ou des apothicaires interviennent régulièrement, leurs soins ainsi que la fabrication des médicaments sont payées par la ville directement ou sous forme de déduction de taxes. Cependant les étudiants en médecine n'y sont admis dans la plupart des villes qu'à la toute fin du XIXè siècle.

Ces structures ainsi construites ont beaucoup de mal à sortir de leur vocation d'hospices, et ce n'est qu'autour de 1900 qu'une refonte de l'organisation hospitalière remet le soin à l'individu au centre de l'activité, avec la création de services plus spécialisés : enfants, vieillards, maladies vénériennes... Les hôpitaux généraux sont alors inclus dans le système hospitalier qui s'est développé en parallèle. Il faut donc rester conscient que l'hôpital que nous connaissons aujourd'hui est bien héritier à part entière de ces lieux d'accueil des déshérités, qui n'ont pas forcément besoin de soins médicaux, mais surtout de rééducation sociale.


- Lettres patentes du Roy, éditées et reproduites dans toutes les villes de France à partir de 1662
- La Salpêtrière, Hôpital Général de Paris, initialement réservé aux femmes, avec le dôme monumental de la chapelle centrale.
- l'Hôpital Général de Lille

2 commentaires:

Borée a dit…

Je te recommande la lecture du livre "Les corps vils" (assez ardu).
On y découvre en fait comment le glissement s'est fait de l'hôpital-charitable pour les déshérités à l'hôpital-santé pour les malades.
Par souci d'humanité ? Pas du tout !
Plus prosaïquement, parce que l'hôpital était le lieu parfait pour que les médecins sortis de la Faculté puissent s'exercer, "expérimenter", avant d'aller monnayer fort cher leurs services auprès de patients plus fortunés.
C'est ainsi que les médecins ont progressivement investi un hôpital qui, en effet, ne les concernait nullement au départ.

Guillaume a dit…

Merci :-)
Je vais le mettre dans ma "liste à lire" (la LAL, rangée à côtée de la PAL, la "pile à lire" ...