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samedi 14 août 2010

Le testament de l'ange.

Un jour, j'ai rencontré un Ange. Ne riez pas, je ne déconne pas, ça fait maintenant presque 15 ans que ça m'est arrivé, et je suis maintenant persuadé que j'ai croisé dans ma vie un authentique être surnaturel. Non non non, j'ai rien fumé... J'ai longtemps lutté contre cette idée, si éloignée du rationnel de la vie ambiante. Je crois bien n'en avoir parlé à personne, mais il faut bien que je raconte cette histoire un jour... (Bon, j'ai pas viré mystique, c'est pas un vrai ange avec des ailes et tout ça, hein, juste symboliquement parlant, mais ça compte aussi, non ?)...

Donc me voilà tout jeune carabin. Depuis deux ou trois semaines, les résultats du concours sont tombés. C'est l'été, il fait chaud, les étudiants ont pour la plupart déserté la ville après avoir passé plusieurs jours à fêter leur réussite. Blancs comme des cachets de Guronsan®, nous avons enchaîné les apéros, les grillades sur la plage, les rêves les plus fous sur les mystérieuses soirées faluche ou nos futures carrières, nos craintes du bizutage et des premières séances de dissection. Insouciant, je ne sais pas encore qu'un sujet mal distribué annulera une épreuve dans le courant de l'été, remettra en jeu le sacro-saint classement et nous obligera tous à repasser en septembre une nouvelle fois les "sciences humaines et sociales". Pour la petite histoire, tout s'est bien fini, tout le monde a été (re)pris, et quelques autres en plus... Mais pour le moment, il n'y a pour moi rien de plus beau que la vie et j'ai déjà la tête pleine de projets, à commencer par un beau voyage cet été, bien mérité, et les yeux pleins d'étoiles. C'est dans cet état d'esprit que je remets les pieds à la fac quelques jours avant de partir. Ce devait être, je crois, pour aller chercher un ultime document administratif, ou alors simplement que je n'étais pas sûr de ne pas m'être trompé en lisant les résultats et que j'avais besoin de les revoir affichés au tableau, loin de l'agitation des semaines précédentes.

Et effectivement, il n'y a plus vraiment d'agitation dans ce bâtiment. C'en est même un peu impressionnant, tellement le silence y est présent. Pour la première fois, je prends conscience de rentrer dans "mon" école. La grande porte du bâtiment médiéval qui abrite la fac n'est plus qu'à moitié ouverte, horaires d'été obligent, le concierge doit faire la sieste. Dans le grand hall, au plafond haut et ouvragé, je suis entouré des bustes de bronze d'un certain nombre d'illustres médecins. La porte de la salle des actes et celle de la salle du conseil sont ouvertes, et je peux y voir tapissant les murs, jusqu'au plafond, les dizaines de portraits des médecins issus de cette même école : Rondelet, Rabelais, Chaptal, Lapeyronie.... et combien d'autres encore. Inutile de vous dire que je me sens dans mes petits souliers. D'autant plus qu'il n'y a vraiment, mais vraiment personne, et que chaque pas résonne longtemps dans cette pièce vide.

Bien bien bien, c'est pas tout ça, mais le rosé pour ce soir est en train de se réchauffer dans mon sac, je vais vérifier une dernière fois que j'ai bien été pris et que je ne me suis pas trompé de ligne. Sur le grand panneau des résultats, un bon millier de noms, associés à un chiffre. Depuis quelques semaines, les "P2" s'en sont donné à cœur joie, raturant, recherchant le premier, le dernier, y ajoutant des commentaires sur les classements, les noms de famille... pas toujours très fin, comme humour, mais il paraît qu'il faudra s'y habituer... Je cherche, avec encore une petite boule d'angoisse au ventre... ouf, c'est bon, je suis reçu !!! Je me retourne rassuré, et PAF, je me trouve nez à nez avec mon ange. Bon, pas vraiment avec des plumes, en fait d'ange, il ressemble plutôt à un petit vieux tout ridé, en costume, l'œil rieur et pétillant, s'appuyant sur sa canne pour enchaîner ses quelques pas.

- Alors, ça a marché ?
- Euuh... oui, j'ai eu mon concours...
- Bon, alors, vous devez avoir passé plusieurs mois dans le doute non ? Dites-vous bien que maintenant, quoi qu'il arrive, vous finirez par devenir médecin un jour. Soignant. Et ce n'est pas rien... vous avez cinq minutes ? Asseyons-nous, voulez-vous ?

Impressionné, je l'ai suivi sur quelques mètres, jusqu'à un banc du dernier rang de la salle des actes, ne sachant trop quoi dire, ne sachant trop quoi faire. Alors je l'ai écouté. Ce serait trop long de vous raconter le détail, d'autant plus que je ne me souviens pas de tout. Je ne sais pas vraiment si cela a duré cinq ou vingt minutes. Je me souviens de l'émotion, du regard, du son de la voix. Il ne m'a rien dit de lui. Il m'a juste parlé de la place du médecin dans la relation de soin, et de la confiance aveugle que beaucoup mettent en ce professionnel. Il m'a parlé de la responsabilité qu'a le soignant vis à vis de ses émotions, au delà de l'excellence technique qu'il doit viser. Qu'il doit apprendre à les connaître, ces émotions, et à les reconnaître, pour les utiliser ou les cacher à bon escient au cours de la consultation. Que si le silence est souvent riche en révélations, rien n'est pire que le silence du soignant face à un questionnement d'un patient. Que les émotions ressenties lors d'une consultation peuvent interférer sur la consultation suivante. Comment rassurer et recueillir des confidences de quelqu'un d'anxieux sur une pathologie bénigne, quand vous venez d'annoncer une maladie incurable à votre patient précédent !! Puis il m'a donné une petite pochette, une simple pochette perforée en plastique transparent, comme j'en avais des centaines dans mes classeurs de cours de P1. A l'intérieur, trois photocopies d'articles de revues. Quelques simples pages. Des sujets tournant autour du thème de la conversation, de la relation entre soignant et soigné, de la gestuelle de l'un et de l'autre, de l'importance de l'expression du visage, des cicatrices émotives qui y sont laissées par nos patients.

Je feuilletais ces articles, quand j'ai entendu le banc craquer, je sentais qu'il se levait. Lorsque j'ai quitté la salle des actes pour retourner dans le hall, quelques secondes plus tard, il n'y avait plus personne.

Vrai de vrai !!!

Illustration du début du texte : "l'ange rieur", cartulaire du prieuré de la Haye-aux-Bonshommes, BM d'Angers, ms 0856, f. 207v, XVè~XVIè s.

lundi 2 août 2010

Révélation ( encore un coup de Darwin ? )

Je commence à avoir vu quelques pieds dans ma courte vie médicale. Et pourtant, je viens de m'apercevoir que chez quasiment tout le monde, les 2è et 3è orteils sont beaucoup plus solidarisés que les autres. Évolution naturelle ? Annonce d'une fusion prochaine ? Reliquat natatoire ? Solidarité des milieux ? Le mystère reste entier...

Étonnant, non ?

lundi 1 septembre 2008

Test de lecture







Une main qui soutient l'autre ?

Une main qui glisse et qui va chuter ?

Dis-moi ce que tu vois et je te dirais comment tu vas...

lundi 18 août 2008

"Un externe pour un ecg..."


C'est comme ça que l'on est accueilli en général durant le premier stage aux urgences. Le temps de trouver le réduit obscur du sous-sol (mais il est où ce code de porte ???) où sont empilées toutes les tenues du personnel, par ordre alphabétique pour les médecins, par fonction pour les infirmiers/ères ou les aides-soignant(e)s, et par tas pour les externes (j'ai bien dis tas, pas taille...). C'est donc en train de se battre avec les piles de linges qu'on peut entendre pour la première fois la douce voix de l'interphone sussurer métalliquement cette phrase qui durant 4 mois va finir par nous réveiller la nuit : "Un externe pour un ECG...".

Il faut dire qu'avec déjà deux ou trois ans d'expérience, un externe est un technicien ès-ecg hors pair. Tous les détails de l'anatomie de cet appareil sont connues, les angoisses du manque de papier, du stylet qui n'écrit pas (c'est pas le papier qui est à l'envers ?), de la batterie qui ne marche pas ("qui a oublié de rebrancher la machine hier !!!!"), du gel qui ne coule pas, et puis (splash !) qui dégouline d'un coup, de ces p... d'électrodes à deux balles qu'il faut décoller avec les ongles que je n'ai pas, alors qu'aux urgences, quelle chance, il paraît qu'ils en ont des prégélifiées.... Sympa d'ailleurs, ces petites pastilles rondes en papier accrochées à un fil electrique. Certaines fois, elles ne conduisent pas bien le signal électrique (pas assez de gel ?). D'autres fois elles ne collent pas suffisamment (trop de gel ?), sauf au moment de les décoller (aïeuh, mes poils !!!). Mais elles peuvent servir à beaucoup de choses, la preuve, un patient m'a demander de les lui mettre de côté pour faire une guirlande de Noël avec les fils récupérés !!! (authentique, vrai de vrai !).

Bref, à l'instar du technicien de carglass qui passe souvent à la radio, un externe est un pro de l'électro, n'hésitez pas à faire appel à lui en cas de besoin. Le souci, justement, c'est qu'à force d'enregistrer des petites lignes sur du papier, j'ai eu tendance à me transformer en enregistreur plus qu'en être cérébré. Parce que ce qui compte, au final, c'est l'interprétation, qui a tendance à passer au second plan derrière toutes les contraintes techniques.

Avec toutes ces heures passées derrière cet appareil en tant qu'externe, je me suis dit que ce serait dommage de ne pas m'équiper une fois installé. Et ce n'est que la semaine dernière que j'ai compris à quoi ressemblait le mystérieux S1Q3 que je n'avais jamais rencontré (ou jamais voulu voir). Le monsieur a eu une embolie pulmonaire, il est à l'hôpital et va très bien, et moi je suis bien content d'avoir acheté cette machine et d'avoir perdu autant de temps à coller des électrodes.