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mardi 10 août 2010

De la maladie, par Virginia Woolf

Entre réalité et écriture. Qu'est-ce qui va influencer la création? Qu'est-ce que la valeur de l'existence humaine par rapport à l'univers lorsque la machine bien huilée de la vie quotidienne est interrompue ?

En 1926, Virginia Woolf écrit un court texte de réflexion qui est publié dans la revue de T. S. Eliot. Elle constate que lorsque la maladie se déclare dans nos vies, une grande part de notre personnalité est prise dans un piège incontrôlable, dans une tour d'observation de l'univers humain. Au delà des souffrances physiques et de l'état d'épuisement, la clairvoyance psychologique s'impose.

Deux notions s'affrontent et se complètent. Tout d'abord que l'intellect le plus fin reste impuissant à décrire l'état de maladie. En effet, autant il lui paraît aisé de nommer les souffrances de l'âme, si riches en émotions et en sentiments, autant l'état de dépendance physique, de souffrance, le simple état fiévreux, ne retrouvent dans notre langage que des mots vides et plats. C'est tout le travail de création littéraire qu'elle remet en cause, constatant que nos souffrances physiques ne sont au final décrites qu'en utilisant à mauvais escient des idées associées aux tourments affectifs, intellectuels, psychologiques. Comment alors se nommer "écrivain" alors que l'on ne peut donner qu'une vision tronquée de l'existence humaine...

Une autre idée qui s'impose dans sa réflexion est le vide de l'existence humaine, qui gravite dans un monde immense et indifférent aux préoccupations qui nous semblent si chères. Que se passe-t-il dans le monde lorsque nous sommes alités, fiévreux, impuissants à réaliser nos gesticulations quotidiennes ? Rien. La Terre continue sa route, les marées ne sont pas modifiées, le Monde continue son existence telle une implacable meule écrasant dans sa rotation les êtres sans même les ressentir.

Loin d'un essai déprimant et sombre, j'ai été touché par la modernité et la fluidité de ce très court texte. Ou plutôt par le sentiment d'intemporalité qui en émane. Les mots et les idées s'enchaînent aisément, comme l'esprit de l'alité qui s'évade, d'une pensée à l'autre, pour finalement trouver un ensemble concret d'idées. Le médecin moderne scientifique et pointilleux dira qu'il n'est plus vraiment d'actualité de rester alité plusieurs semaines pour une "fièvre", comme elle décrit cela... Bien... les mots changent peut-être, l'état de "maladie" reste pourtant bien présent. Il n'empêche, au delà de toutes les souffrances morales qui sont les points d'accroche de beaucoup de nos petits blogs médicaux, les situations de maladies physiques restent difficiles à mettre en mots. J'ai fait une petite revue des blogs que j'ai l'habitude de lire. Et effectivement, relativement peu de mots à propos de la souffrance physique, de l'état de maladie, intimement, physiquement vécu... Beaucoup de billets sur les souffrances morales induites par l'état de la maladie, souffrances du malade, du soignant, colères, coups de gueule, déceptions. Mais du physique, peu... Combien sont pauvres les mots pour dire qu'un être interrompt son rythme de vie pour se coucher et attendre.

A rajouter, donc, dans la case "bibliothérapie" du soignant qui aime réfléchir à ce qu'il fait.

"Il y a, avouons-le, une franchise toute enfantine dans la maladie : des choses sont dites, des vérités échappent étourdiment que la prudente respectabilité de la santé dissimule."

samedi 19 juin 2010

Assujettis sociaux, de Binet


Quand Robert Bidochon attrape une angine de poitrine et doit être opéré, c'est tout le fonctionnement hospitalier qui est passé à la moulinette de l"humour. Une saine lecture, indispensable formation humaniste à la psychologie hospitalière !

vendredi 28 mai 2010

Rides (Arrugas), de Paco Roca


Allez, dans la série des dédicaces, une très belle BD retrouvée dans le désordre de ma bibliothèque, en cadeau- réponse à un instantané savoureux de Borée...

Ernest oublie beaucoup de choses, il ne sait plus trop distinguer le présent du passé. C'est sûr que pour cet ancien banquier, essayer d'accorder un prêt à son fils qui veut lui faire manger sa soupe, la vie à son domicile devient problématique. On lui dégotte une jolie chambre, pas trop chère, dans une maison de retraite moderne, propre, bien organisée avec ses cours de gym, l'atelier cuisine ou la pause couture. Avec une émotion croissante, au fur et à mesure que la démence gagne son esprit, on le suit dans ses découvertes, dans ses déambulations, entouré d'une brochette d'anciens tout aussi paumés et attachants.

Paco Roca, jeune dessinateur espagnol, a beaucoup observé les mécanismes et les fonctionnements des maisons de retraites où il allait rendre visite à ses grands parents. Il déroule ce récit avec une très grande classe. C'est une sorte de miroir poétique et plein de rêve du film Cortex, de Nicolas Boukhrief, qui, bien que fascinant, est avant tout un film noir, un très bon thriller. Au contraire, Paco Roca arrive à donner dans chaque évènement, pourtant lourd et parfois douloureux, une vision légère, avec un humour toujours très respectueux des sujets du récit.

Deux évènements ont modifié pour longtemps ma vision de la maladie d'alzheimer : la participation (en tant que malade) à un jeu de rôle (aaahh les jeux de rôles des FMC...) où l'on m'imposait un soin et une admission en maison de retraite, et la lecture de ce livre. (en VO si vous êtes puristes, c'est savoureux)

vendredi 6 février 2009

Le premier médiblogueur


Tu es perdu, interne en premier semestre, dans un hôpital périphérique d'une ville qui n'est même pas notée sur les cartes ? Tu n'as pas internet dans ton bureau ? Il n'y a pas de réseau de téléphone ? Le premier médecin disponible à la ronde est mort d'épuisement ? Tes malades ne sont pas, mais vraiment pas du tout comme dans les livres que tu as pourtant appris par cœur pour préparer tes examens ?

Lis-donc "Récits d'un jeune médecin", de Mikhaïl BOULGAKOV, tu te sentiras tout de suite moins seul ! Un texte court, facile à lire. Un petit livre de poche (pas cher !) qui raconte son expérience de tout jeune médecin sorti de la faculté et muté dans un dispensaire de campagne au font de la forêt russe en 1916-1917. A lire ensuite, "Morphine", une nouvelle publiée plus de dix ans plus tard par le même auteur. Une longue descente aux enfer de la dépendance à la morphine d'un de ses collègues de faculté placé dans la même situation. Une allégorie de la révolution russe, vécue comme une catastrophe par Boulgakov.

Ces deux ouvrages, tels des miroirs, décrivent les deux facettes de l'isolement total du jeune médecin, confronté à des situations plus abracadabrantes les unes des autres. Une bonne bibliothérapie !

mardi 27 janvier 2009

Là où les tigres sont chez eux, de Jean-Marie Blas de Roblès


Foi de bibliomane, je me suis régalé !!

Dans une langue riche, ce texte fait naviguer entre le Brésil actuel et l'Europe du XVIIème. On découvre et on suit tour à tour un journaliste un peu désabusé, une italienne mystérieuse, un jésuite surdoué et touche-à-tout, une étudiante à la dérive, une paléontologue en questionnement, une tribu amazonienne inconnue, un jeune infirme des favelas assoiffé de vengeance, un perroquet allemand, un gouverneur puant, des camionneurs philosophes...

Une grande galerie de personnages, un auteur plus que cultivé, des fragments d'histoires qui se lient peu à peu, j'ai eu du mal à décrocher... Il fait partie de ces livres qui ont une présence, et que l'on peut aimer à garder fermé sur sa table de chevet une fois finis, juste quelques jours, pour en ressentir encore les vibrations....  (non, non, je n'ai pas fumé :-)

"Ce n'est pas impunément qu'on erre sous les palmiers, et les idées changent nécessairement dans un pays où les éléphants et les tigres sont chez eux" - Johann Wolfgang von Goethe, Les affinités électives

jeudi 11 décembre 2008

La maison dans les blés, Jean-Christophe POL

Un homme est si seul au beau milieu de son quotidien.

Un artiste peintre quitte sa famille, quitte la noria des expositions et la solitude de son atelier pour se retrouver dans une maison isolée, achetée sur internet. Dans cette campagne si vivante, il fera connaissance de la troublante Lucie. Elle le ramènera à la source de sa inspiration.

Une BD d'une grande sensualité, une très belle histoire mise en valeur par la narration et le trait noir et blanc de Jean-Christophe POL. Un hymne à la redécouverte de nos désirs et de nos créativités.

vendredi 22 août 2008

Samarcande, de Amin Maalouf




C'est l'histoire d'un manuscrit, recueil secret de poèmes interdits. C'est l'histoire d'un homme, Omar Khayyam, poète persan du XIème s., médecin, lettré, astronome, qui après une gloire immense abandonne les vanités des connaissances pour se laisser aller au vin et à la poésie. C'est l'histoire de son ami, Hassan Saba, fondateur de la secte des assassins.

Et c'est toute l'histoire de la construction de la Perse moderne, de l'Iran, qui défile devant nos yeux, dans le style imagé mais limpide d'Amin Maalouf.

Une grande histoire, un grand moment de bonheur.


"Ne te souviens pas d'hier,
Ne pleure pas pour demain,
Ne crois ni au passé, ni au futur,
Vis aujourd'hui et ne perds pas le souffle de ta vie."

Omar Khayyam


mardi 12 août 2008

Oscar et la dame rose, de Eric-Emmanuel Schmitt



Oscar a dix ans. Oscar est malade, il va mourir et trouve que c'est un peu tôt.
Mamie-Rose est une ancienne catcheuse, elle croit dur comme fer qu'en écrivant à Dieu, Oscar pourra vivre dix ans par jour. Alors il s'attaque à la feuille blanche pour faire part à Dieu des évènements de sa vie accélérée.
La lecture de cette correspondance m'a arraché les tripes. C'est beau, c'est fort. On pleure de douleur et de joie de voir la fatigue en même temps que la sérénité prendre place dans le corps et le cœur de ce petit homme. Il vit ses dix ans, puis ses vingt ans, ses trente ans, ses quarante ans...
Je ne vous donnerai pas son âge actuel, car c'est un roman fait pour laisser un sentiment éternel.