
Euh, je pense que je me suis mal exprimé sur mon précédent post...
J'aime, j'adore, j'idolâtre le chocolat (mon tour de taille aussi), et toutes ces petites attentions. Mais au-delà de la simple gourmandise, je suis toujours extrêmement touché lorsqu'un patient m'offre quelque chose de "plus" que la rémunération socialement validée et remboursée par l'assurance maladie. Une bouteille, quelques tomates, des gâteaux, du chocolat, un dessin, un livre... J'en suis même surpris à chaque fois (dans la série "j'ai pas confiance en moi et je n'y crois pas que j'ai pu apporter quelque chose de suffisamment inattendu dans une relation médecin/patient pour mériter ce petit truc en plus"...). Je trouve même que cette relation s'en trouve renforcée par une donnée gourmande, émotive, curieuse.. humaine en somme.
J'ai même imaginé dans mes utopies médicales une consultation de "médecine patagone" (les lecteurs de Jean Raspail apprécieront j'espère le clin d'œil), ou de "bibliothérapie". Basée sur le rêve, l'utopie ou l'imagination, soigner les souffrances à grand coups de mots ou petites touches de vers. Se baser non pas sur le Vidal, mais sur la Pléiade. Rechercher les nouveaux traitements dans le magazine Lire plutôt que chez Prescrire. Ou bien une consultation de médecine gourmande, où le salaire serait versé en gâteaux au miel et le traitement pioché dans le guide Michelin.
Bref, imaginer qu'une relation de soin ne se passe pas uniquement par l'échange ordonnance/carte vitale/chèque...
Mais je m'éloigne du sujet, il faudra que je développe le concept de médecine patagone un peu plus tard...
Je vais raconter la précédente histoire différemment.
J'ai reçu le mois dernier un charmant monsieur à la retraite, un peu maniéré, assez expansif, très volubile et très attachant. Célibataire endurci, la consultation a beaucoup tourné sur ses précédents médecins qui ne l'écoutaient pas comme il fallait, sur les malentendus, bref, on lui avait dit du bien de moi dans le bus (sic) et il s'était dit pourquoi pas... Ok, pourquoi pas. L'après-midi même, je reçois une bouteille de champagne de marque avec un mot dithyrambique sur mon écoute unique et cette petite attention pour sceller notre nouvelle et profonde amitié. Soit.
Une semaine après, je reçois pour la première fois un jeune homme, avec un courrier du monsieur, m'expliquant que son "protégé" est en vacances chez lui et qu'il a besoin d'une avance d'ordonnance pour du subutex car il en a consommé un peu plus que d'habitude. La semaine suivante, une demande pour certifier que je l'ai vu, le jeune homme, en consultation, depuis plusieurs mois, afin d'attester pour la préfecture qu'il résidait bien en France depuis longtemps, chose que bien sûr, aussi sensibilisé que je puisse être aux barrières administratives de notre beau pays pour les personnes sans visa, je ne pouvait attester. J'ai laissé un message au gentil monsieur. J'attend encore sa réponse...


