mardi 27 janvier 2009

Là où les tigres sont chez eux, de Jean-Marie Blas de Roblès


Foi de bibliomane, je me suis régalé !!

Dans une langue riche, ce texte fait naviguer entre le Brésil actuel et l'Europe du XVIIème. On découvre et on suit tour à tour un journaliste un peu désabusé, une italienne mystérieuse, un jésuite surdoué et touche-à-tout, une étudiante à la dérive, une paléontologue en questionnement, une tribu amazonienne inconnue, un jeune infirme des favelas assoiffé de vengeance, un perroquet allemand, un gouverneur puant, des camionneurs philosophes...

Une grande galerie de personnages, un auteur plus que cultivé, des fragments d'histoires qui se lient peu à peu, j'ai eu du mal à décrocher... Il fait partie de ces livres qui ont une présence, et que l'on peut aimer à garder fermé sur sa table de chevet une fois finis, juste quelques jours, pour en ressentir encore les vibrations....  (non, non, je n'ai pas fumé :-)

"Ce n'est pas impunément qu'on erre sous les palmiers, et les idées changent nécessairement dans un pays où les éléphants et les tigres sont chez eux" - Johann Wolfgang von Goethe, Les affinités électives

jeudi 22 janvier 2009

Les aphorismes de toto



"Demander un examen complémentaire, c'est comme mettre ses doigts dans son nez en public. Il faut toujours se demander ce que l'on va faire si on trouve quelque chose..."

mardi 20 janvier 2009

A la chasse aux papillons


J'ai reçu récemment une externe de D4 toute stressée, envoyée par sa môman. Elle sentait qu'elle avait envie de choisir, après l'ENC, la médecine générale, mais, n'ayant pas eu beaucoup de contact à la fac avec cette spécialité, avait peur de s'ennuyer en ne voyant "que des rhinos, des vaccins et des grippes".

Cela fait bientôt 10 mois que j'ai débuté mon activité. J'ai créé ce cabinet, donc sans aucune reprise de "patientèle" existante. Lors de cette discussion, j'ai fait une petite liste des pathologies "peu courantes" que j'ai été amené à diagnostiquer ou à traiter. Je n'aime pas trop cet aspect "tableau de chasse", il n'y a pas de gloire à étaler les maladies des gens. Mais cela est assez caractéristique de la variété des situations rencontrées, et cela peut être instructif en cas de questionnement sur une éventuelle vocation...

Donc au menu de ces 9 derniers mois, j'ai eu la surprise de découvrir...

- 1 embolie pulmonaire
- 1 cancer du col de l'utérus
- 1 sarcome rare sur un bras (la dame va bien, ablation chirurgicale complète, pas besoin de chimio ni de radiothérapie)
- 1 accès de fibrillation auriculaire 
- 2 blocs de branche complet gauche
- 1 AVC (aphasique et hémiplégique pendant 2 mois, le monsieur a quasiment tout récupéré : kiné orthophonie etc...)
- 3 pneumopathies franches lobaires aiguës
- 1 allergie au lait de vache, 1 allergie au lait de chèvre
- 1 décompensation psychotique chez un jeune de 20 ans (tenu à bout de bras pendant 2 mois avant qu'il n'accepte une hospitalisation. C'était chaud.)
- 1 tuberculose
- 1 hépatite C
- 1 cholecystite aiguë

mais aussi de bonnes nouvelles :
- 2 naissances (non, pas au cabinet... en fait c'est le suivi des fins de grossesse et surtout des bébés directement sans passer par la case pédiatre).
- 3 grossesses en cours de suivi

Et puis les vagues successives de viroses ORL ou digestives, les consultations d'information avant de partir en voyage à l'autre bout du monde, de l'écoute, les hémorroïdes, les boutonites aiguës, bronchiolites, RGO, les sutures, les strappings, les larmes, les enfants otages des angoisses de leurs parents, les dépressions, les ras-le-bol du boulot/famille/enfants/conjoint/copain/fiancée... , les rappels de vaccinations, le test de grossesse positif ou l'amour retrouvé après tant de mois d'attente, la solitude ou le manque de solitude, les rires, les verrues plantaires, les bisoux baveux des enfants qui ont même pas eu peur...

Bref, médecin généraliste, ça n'est pas juste "les rhinos, les vaccins et les grippes", même si c'est l'image qui peut être donnée par certains universitaires ou hospitaliers....


lundi 19 janvier 2009

Et aujourd'hui, ce sera avec ou sans gêne ?


"Euh, excusezoidevousdemanderpardon mais, euh, votre musique dans la salle d'attente, euh, en fait le CD doit être rayé et, euh... on n'a pas osé l'arrêter, ni vous le dire, mais là ça fait une heure qu'on entend les 5 mêmes secondes et là, euh , enfin avec ma migraine c'est pas facile..."

"Ah non, c'est vous qui me remplissez mon chèque, j'ai été secrétaire pendant 15 ans, et maintenant j'en ai marre d'écrire..."

"J'ai 41° de fièvre et je viens en consultation (et je me paye le luxe de faire passer un bébé devant moi)..."

"Mon petit (il a 20 ans) a vomi hier, une fois, et là il a 38. Vous pouvez passer à la maison pour lui faire un arrêt de travail ?"


jeudi 11 décembre 2008

La maison dans les blés, Jean-Christophe POL

Un homme est si seul au beau milieu de son quotidien.

Un artiste peintre quitte sa famille, quitte la noria des expositions et la solitude de son atelier pour se retrouver dans une maison isolée, achetée sur internet. Dans cette campagne si vivante, il fera connaissance de la troublante Lucie. Elle le ramènera à la source de sa inspiration.

Une BD d'une grande sensualité, une très belle histoire mise en valeur par la narration et le trait noir et blanc de Jean-Christophe POL. Un hymne à la redécouverte de nos désirs et de nos créativités.

mardi 9 décembre 2008

Merci monsieur Laënnec


J'aime écouter la musique des corps. 

Lors de mes premiers contacts avec le vaste monde de la maladie, le contact auditif avec les malades était surtout objet de curiosité, rarement de dégoût (sauf si l'odeur y était associée), et surtout de beaucoup de questionnements sur mes capacités auditives : mais pourquoi donc n'entends-je rien alors que tout le monde autour de ce lit acquiesce gravement quand le professeur dit qu'il y a un magnifique souffle systolique de 3/6, associé à un mémorable frottement péricardique et en plus des crépitants des bases pulmonaires ?

Et puis en plus, j'étais fâché avec mon stéthoscope. Roulé dans la poche de ma blouse, je ne pouvais l'en extraire sans faire tomber tout le contenu de celle-ci. Les embouts dépassant avaient une satanée tendance à s'accrocher à tous les coins de portes, et à s'arracher. Et mettre un stétho dans une oreille sans se rendre compte qu'il n'y a plus l'embout en caoutchouc, ça fait très mal ! Malgré toutes ces misères, je me rendais bien compte qu'il y avait quelque chose d'important dans cet objet. Mon stéthoscope... Le tout premier instrument médical que j'aie acheté. Malgré les prix obtenus par la corpo, il me semblait bien cher pour ma tirelire de jeune P2. Avec ce tuyau au tour du col de ma (toute neuve elle aussi) blouse blanche encore amidonnée, je faisais vraiment docteur maintenant. Ce n'est pas pour rien que les valises de déguisement de docteur en comportent toujours un ! 

Après m'être bien regardé dans le miroir du couloir, en blouse avec mon stétho autour du cou, ou plié dans la poche droite, ou  bien roulé dans la poche gauche... pour choisir la place qu'il garderait durant mes années d'externe, il  bien fallu aller à l'hôpital. Et là... rien. Le grand silence. Première constatation : mettre les embouts à l'endroit (vers l'avant, et non vers l'arrière), c'est mieux... 
Au deuxième essai : une vague de glouglou crrTOUMpshh khkhkhscrat ssshhhhTAglorblglorbl a submergé mes oreilles vierges. Il faut être honnête, malgré les efforts désespérés de l'interne ou du chef de clinique qui nous recevait une ou deux fois par semaine, il a vraiment fallu plusieurs mois pour que je puisse séparer les bruits les uns des autres, leur donner une image mentale, les localiser dans la carcasse plus ou moins résonnante qui leur donnait vie.

Et puis un jour, alors que, comme tout le monde je faisais très sérieusement mmh mmh, l'air inspiré, en passant mon écouteur (après mes dix camarades du jour) sur le même thorax: ...... TOUM...fffffff...TA..... TOUM.....fffff....TA.       

Glps. ça recommence : TOUM...fff...TA...



Hé les copains !

HE, Y'A UN TRUC, là, un bidule... j'ai entendu "fff". C'est un souffle, non ? Et pis le monsieur, il a le cœur qui bat !!!! Trop génial !!! Et pis quand il respire on entend l'air dans ses tuyaux !!! Et même dans son ventre !!!!

Depuis ce jour, j'adore écouter la musique des corps !

PS : anecdote du jour, un p'tit bonhomme de 4 ans me demande "pourquoi t'as 2 testoscopes ?" moi: "ben passeque j'ai 2 oreilles" lui: "t'as raison, comme ça t'entends 2 fois plus mieux".....  

הרב משה בן מיימון (Moshe ben Maïmon, dit Maïmonide)

Homme de foi, théologien, philosophe et médecin, Maïmonide est une des grande figure de la pensée juive. Originaire de Cordoue, dans l'Espagne musulmane du début du XIIème siècle. Sa pensée médicale, incluant l'homme dans la création divine, influence de manière durable les pratiques médicales orientales mais aussi occidentales.

Bien que l'on n'ait pas retrouvé le manuscrit médiéval original, on lui attribue un texte qui est une véritable profession de foi d'un médecin dévoué à l'être humain. Les thèmes développés restent encore bien d'actualité, et il me semble tout à fait complémentaire du serment d'Hippocrate que nous imprimons sur nos thèses.

"Mon Dieu, remplis mon âme d'amour pour l'Art [médical] et pour toutes les créatures. N'admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m'influencent dans l'exercice de mon Art, car les ennemis de la vérité et de l'amour des hommes pourraient facilement m'abuser et m'éloigner du noble devoir de faire du bien à tes enfants. Soutiens la force de mon cœur pour qu'il soit toujours prêt à servir le pauvre et le riche, l'ami et l'ennemi, le bon et le mauvais.

Fais que je ne voie que l'homme dans celui qui souffre. Fais que mon esprit reste clair auprès du lit du malade et qu'il ne soit distrait par aucune chose étrangère afin qu'il ait présent tout ce que l'expérience et la science lui ont enseigné, car grandes et sublimes sont les recherches scientifiques qui ont pour but de conserver la santé et la vie de toutes les créatures.

Fais que mes malades aient confiance en moi et mon Art pour qu'ils suivent mes conseils et mes prescriptions. Eloigne de leur lit les charlatans, l'armée des parents aux mille conseils, et les gardes[-malades] qui savent toujours tout: car c'est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions de l'Art et conduit souvent les créatures à la mort. Si les ignorants me blâment et me raillent, fais que l'amour de mon Art, comme une cuirasse, me rende invulnérable, pour que je puisse persévérer dans le vrai, sans égard au prestige, au renom et à l'âge de mes ennemis. Prête-moi, mon Dieu, l'indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.

Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science. Eloigne de moi l'idée que je peux tout. Donne-moi la force, la volonté et l'occasion d'élargie de plus en plus mes connaissances. Je peux aujourd'hui découvrir dans mon savoir des choses que je ne soupçonnais pas hier, car l'Art est grand mais l'esprit de l'homme pénètre toujours plus avant."


Trad. SOULIER, Du serment d'Hippocrate à l'éthique médicale, thèse de médecine, Marseille, 1985